La folle histoire de La Cage aux folles !

Publié le par Cyril

C’est de la folie. Dans tous les sens du terme. Rarement une pièce aura été aussi attendue. Samedi, au théâtre de la Porte Saint-Martin, commencent les premières représentations de La Cage aux folles et déjà un mois de location est assuré. "Ça démarre bien", sourit le directeur du théâtre, Jean-Claude Camus, producteur, entre autres, de Johnny Hallyday. Cela fait une trentaine d’années que les nostalgiques du couple Poiret-Serrault attendaient cette reprise. Les plus jeunes, eux, sont régulièrement alléchés par la diffusion de la célèbre scène dite "de la biscotte". Quand Serrault part dans les aigus en essayant d’imiter Gabin dans La Bête humaine, c’est une puissance comique irrésistible qui balaie tout sur son passage.

La création remonte à février 1973. En 2009, Christian Clavier et Didier Bourdon reprennent les rôles mythiques de Georges et de Zaza Napoli. Pari artistique autant que commercial, La Cage aux folles devra démontrer qu’elle a les reins solides. Il y a trois ou quatre ans, ce sont Michel Sardou et Michel Leeb qui ont failli se lancer dans l’aventure. L’interprète de Mrs Doubtfire avec le créateur du Rire du sergent – "la folle du régiment" –, pourquoi pas? Mais l’aventure tourne vite court. Le tout-Paris du théâtre privé essaie d’obtenir les droits de la pièce lorsque Jean-Claude Camus se dit un jour: "Pourquoi pas moi?" Une rencontre est organisée avec la veuve de Jean Poiret, Caroline Cellier, leur fils, Nicolas, et sa demi-sœur, Sylvie. Le soir même, l’affaire était conclue. Charme du chéquier? "Pas seulement, assure Camus. Caroline voulait que la reprise soit grandiose. Je pense l’avoir rassurée."

"Passés à la Gay Pride et à la Fierté homosexuelle"

Le metteur en scène historique de La Cage, Pierre Mondy, l’un des plus proches complices de Jean Poiret, est contacté. "J’ai d’abord relu la pièce pour être sûr qu’elle tenait la route, indique le comédien. J’ai rigolé comme à l’époque. Ensuite, je me suis dit: 'Qu’est-ce que je vais demander à Clavier et Bourdon, sinon de remettre leur pas là où j’avais guidé les autres?' De chez Michou et La Grande Eugène – célèbres cabarets de travestis –, nous sommes passés à la Gay Pride et à la Fierté homosexuelle. J’ai donc pensé qu’il fallait un œil neuf pour assurer la mise en scène." Ce sera donc Didier Caron, directeur du théâtre Michel, lui-même auteur de pièces de boulevard.

Autour de la réaction de Pierre Mondy, se pose l’une des questions majeures concernant la reprise de La Cage aux folles: évolution des mœurs aidant, la pièce n’a-t-elle pas pris un coup de vieux? Peut-on parler de l’homosexualité comme dans les années 1970? Ce n’est pas par hasard si Camus, fin renard avec ses cinquante ans de carrière, a préféré décliner l’invitation en forme de piège de Marc-Olivier Fogiel pour une émission à Europe 1 dont le thème était: "Peut-on faire du neuf avec du vieux?"!

"Une histoire d’amour avec tendresse et exagération"

Selon Didier Caron, "l’écriture de Jean Poiret est toujours aussi brillante et en dehors de deux ou trois petites choses qui ont été enlevées, il y a une certaine intemporalité dans le texte". Au final, une trentaine de pages du texte initial sera supprimée. Le toilettage essentiel portera, en fait, sur les décors et les costumes. "Poiret n’a jamais brocardé la communauté homosexuelle. Il a écrit une histoire d’amour avec tendresse et exagération. Bien sûr qu’il y a un peu de caricature mais elle est tapissée de bienveillance."

Pièce délirante donc, La Cage a failli ne pas être prête le soir de la première, en 1973. "Au cours d’une répétition à laquelle assistaient une cinquantaine de photographes, ils se sont tous arrêtés de rire quand ils ont vu Jean déguisé en femme, se souvient Pierre Mondy. Ça ne fonctionnait pas. On a récrit ce passage, chez moi, jusqu’à 7 heures du matin." Et si la légende indique que certains soirs, la pièce pouvait durer vingt minutes de plus, suite aux brillantes improvisations des comédiens, elle pouvait également être plus courte "quand Jean était pressé d’aller rejoindre sa petite famille à la neige!"

Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à partir du 12 septembre. Réservation: 01 42 08 00 32

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