Mylène Farmer, déesse du Stade!

Publié le par Cyril

Telle une créature de laboratoire, elle descend d’un piédestal lumineux, la chevelure rousse coiffée d’un diadème orné de crucifix. Moulée dans une robe d’écorchée – dessinée par Jean Paul Gaultier – et qui la fait ressembler à une planche anatomique, Mylène Farmer entonne de sa voix évanescente son tube Paradis inanimé.

75 000 fans accueillent la plus mystérieuse des chanteuses françaises pour son sacre au Stade de France, point d’orgue et conclusion d’une tournée débutée en mai dernier à Nice dans la foulée de son septième album, Point de suture. Une tournée triomphale avec plus de 500 000 spectateurs venus assister à ses concerts. Star des années 1980, icône gay et idole des jeunes mal dans leur peau, Mylène Farmer a su résister à l’usure du temps. Les 150 000 places de ses deux concerts au Stade de France se sont écoulés en trois heures, dix-huit mois avant le jour J. Qui dit mieux? Personne dans le show-biz français.

Cet engouement pouvait se mesurer dès vendredi matin. Des centaines de tentes jonchaient les abords du Stade transformé pour l’occasion en camping géant. Les plus fervents avaient même pris leurs quartiers depuis une semaine pour s’assurer des places aux avant-postes dans la fosse. "Je suis arrivé dimanche dernier", confirme Nicolas, jeune homme avenant de 26 ans au teint halé avec piercing sous l’arcade et la langue. Il habite Béziers, travaille comme attaché de recherche clinique et suit son idole depuis le début de sa tournée en mai dernier. Il a déjà assisté à huit concerts, à Toulouse, Marseille, Lyon, Genève… Le budget de son fan-tour? "Environ 1500 euros, au bas mot."

"Vous trichez! On est là depuis une semaine, nous!"

Une dispute éclate dans la foule. Une jeune femme au bord de la crise de nerf vitupère contre un type. Son tort? S’être faufilé au milieu de la longue file d’attente. "Vous trichez! Faut faire la queue comme tout le monde, on est là depuis une semaine, nous!" Des agents de sécurité devront intervenir pour calmer les esprits… Assise par terre, Vanda, la cinquantaine avenante, prend le soleil avec sa sœur et sa nièce de 20 ans. Aide-soignante à Montpellier, elle a déjà assisté au concert de Marseille en mai dernier mais tenait à venir à Paris pour partager ce moment de communion avec les autres fans. "On s’identifie facilement à ses chansons, elles m’ont souvent aidée à traverser certaines épreuves, notamment Désenchantée, elle résume parfaitement l’état d’esprit de notre génération. Et de la suivante."

Plus loin, une post-ado au look de Lolita gothique – cheveux roses, piercing et minijupe noire – distribue des invitations pour une "after", une soirée organisée après le concert. Elle s’appelle Mylène. Sans rire. "Ma mère est une fan de Mylène Farmer, d’où mon prénom. J’ai grandi avec sa musique." Et ça fait quoi de grandir avec les chansons tour à tour morbides, dévergondées et névrosées de la Farmer? "Ça donne une cinglée comme moi", s’amuse la lycéenne déjà présente aux trois tournées de son idole en 1999, 2006 et 2009.

Comme pour ses précédentes tournées, la rouquine libertine a livré hier soir un show hors norme à son public. A commencer par la scène, la plus grande jamais construite en Europe: 64 mètres de longueur, 22 mètres de profondeur et 24 de hauteur. Un écran géant de 700 m², 80 tonnes de matériel, 400 techniciens. Le tout pour un budget estimé à 10 millions d’euros par concert. L’ensemble offre un spectacle bigarré et sophistiqué conforme à l’univers mysthico-érotico-morbide de la "vilaine fermière", comme la surnomment ses détracteurs. Deux squelettes géants trônent d’un côté à l’autre de la scène. Des écrans diffusent des images de crânes, les couleurs rouge hémoglobine dominent… Un ballet où se croisent danseurs en tutu, nonnes aguicheuses, horde de zombies aux côtés d’une Mylène Farmer écrasée, noyée par tant de démesure.

Des limites vocales

Au milieu du spectacle, elle parvient à créer une impression d’intimité. Accompagnée par Yvan Cassar au piano, son directeur musical, Mylène Farmer interprète sur une scène plongée au milieu du public quatre titres, dont Rêver… Cette épure musicale met en lumière ses limites vocales – voix fluette, mal assurée, sur le fil – mais donne chair à une "diva" trop souvent désincarnée. Après la séquence émotion, place au final consacré à ses tubes historiques: Libertine, Sans contrefaçon, L’Instant X. Dans le public, c’est l’apothéose. Et l’ambiance s’annonce encore plus chargée et explosive samedi soir: Mylène Farmer fêtera ses 48 ans

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