Il avale un bouchon de bière
La poignée de copains réunis dans une résidence de Laval, le 13 avril, pour s’adonner à une séance de «flip cup» était loin de se douter que l’un des leurs ter minerait la soirée à l’urgence de la Cité de la Santé.
C’est pourtant le triste sort qui attendait Julien, 20 ans, étudiant à l’Université Concordia.
Un peu avant la «compétition», qui consiste à caler son verre de broue plus vite que son concurrent, le jeune homme et ses amis se sont lancé des bouchons de bière pour rire.
L’un d’eux a atterri au fond du verre de Julien, qui ne s’en est pas for malisé. Un peu plus tard, captivé par le jeu, il a complètement oublié la pré- sence de l’objet tranchant qu’il a ingurgité.
Dans sa gorge Le bouchon s’est logé au milieu de sa gorge, tout juste sous la pomme d’Adam. «J’ai essayé de tousser pour l’expulser, mais ça ne sortait pas et ça faisait de plus en plus mal», raconte-t-il.
Rapidement, sa respiration est devenue pénible et extrêmement douloureuse. L’envie de vomir se faisait sentir chaque fois qu’il avalait. Pour inspirer sans trop souffrir, il était contraint de pencher tout son corps vers l’avant.
Affolés, ses amis l’ont conduit en toute hâte à la Cité de la Santé, où on lui a administré de la mor- phine par intraveineuse. Deux médecins spécia- listes ont tour à tour été appelés pour soigner le cas aussi complexe qu’inusité.
«Le premier docteur a essayé de plier le bou- chon avec une pince pour le sortir, mais il n’a pas réussi», souligne Julien.
Anesthésie
Le jeune homme a finalement été anesthésié, ce qui a eu pour effet de relâcher le muscle œso- phagien et de faire descendre le bouchon jusque dans l’estomac. Un otorhino-laryngologiste est alors parvenu à extirper l’objet métallique à l’aide d’une longue pince munie d’une caméra.
«Tout mon œsophage a été écorché, on m’ a ordonné une diète molle pour deux semaines», dit l’étudiant.
Le jeune homme, qui pratique ce type d’activité de calage depuis plus de deux ans, admet qu’il a eu de la chance.
«Là, je prends un break, et c’est certain que je vais faire attention à l’avenir», conclut-il.
«Tout pour épater la galerie» Malgré ses audacieuses campagnes de sensibilisation, Éduc’Alcool constate avec désolation que les comportements irresponsables sont toujours nombreux en matière de consommation d’alcool.
Informé de la mésaventure de l’étudiant qui a avalé un bouchon de bière lors d’une séance de calage, le directeur de l’organisme, Hubert Sacy, a réagi vivement.
«Ce n’est pas un cas d’intoxication, mais d’infantilisme. Ce sont les bébés qui font ça», a-t-il lancé.
Universités
Si M. Sacy se réjouit de la diminution du nombre de concours de calage dans les initiations universitaires, il déplore que tant de jeunes s’adonnent à ces activités à leur domicile.
«On ne peut pas vérifier dans les salons, il n’ y a pas de statistiques à ce niveau-là », a-t-il dit.
Le cas du bouchon ingurgité est le premier du genre porté à ses oreilles. Le directeur d’Éduc’Alcool avoue néan- moins ne pas être surpris, les jeunes étant, à son avis, «prêts à tout pour épater la galerie».
Alcool et Red Bull Hubert Sacy se dit également préoccupé par les mélanges d’alcool et de boissons énergisantes. Son organisme travaille d’ailleurs à l’élaboration d’une publication sur la question qui devrait voir le jour dans deux mois.
« Nos chercheurs sont actuellement à étudier le phénomène, dit-il. Une chose est sûre, autant la drogue que le Red Bull ne sont pas recommandés avec la boisson.
« Ce qu’on sait déjà, c’est que la seule chose qu’on peut mélanger à l’alcool, c’est la nourriture.»