Les trafiquants écopent

Publié le par Cyril

La hausse du dollar canadien frappe durement les exportations québécoises de cannabis vers les États-Unis, au point où des criminels envisageraient d'écouler plutôt leurs récoltes vers l'Ontario cette année.

 

L'appréciation rapide du huard par rapport à la devise américaine complique la vie de tous les exportateurs québécois, qui se font payer en dollars américains. C'est aussi vrai pour les groupes criminels.

 

«On est déjà rendu à en voir les effets, le crime organisé vit ce problème», confirme le sergent Roch Côté, expert en marijuana à la GRC pour le Québec.

 

«Nos enquêtes dans le domaine, les gens sur la rue et les personnes appréhendées nous confirment que le marché est dur à cause du taux de change», dit le policier.

 

Moins tentant

 

Alors qu'en mars dernier notre dollar valait 85 cents US, la récolte des champs de cannabis s'est effectuée cet automne sous le signe de la parité entre les deux devises.

 

«La disparition du marché américain est visible, car un Américain doit maintenant payer des centaines de dollars de plus pour une livre de marijuana canadienne. Ça ne vaut plus la peine», dit Marc Emery, éditeur du magazine Cannabis Culture.

 

L'économie

 

«Les distributeurs vont devoir ouvrir leurs horizons et aller dans le marché pancanadien, croit aussi le sergent Côté. Comme le marché local est déjà pris, ils iront vers les autres provinces», estime-t-il.

 

Une partie du pot québécois prend déjà le chemin de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick, remarque le policier.

 

Grosse demande

 

Mais selon Hugo Saint-Onge, chef du Bloc Pot, la demande de cannabis est tellement forte au sud de la frontière que les échanges vont se poursuivre malgré tout.

 

«C'est moins payant pour ceux qui se font payer en monnaie américaine, dit-il. Mais les Américains sont 300 millions et il y a tellement de demande chez eux qu'ils n'arrivent pas à nourrir leur propre marché.»

 

Les douaniers américains continuent d'ailleurs d'intercepter des cargaisons à la frontière. Le 7 octobre, ils ont mis la main sur 30 livres de pot cachées dans un camion arrivant du Québec au poste-frontière de Pinnacle, au Vermont.

 

* * *

 

L'INDUSTRIE QUÉBÉCOISE DU POT EN QUATRE QUESTIONS

 

COMBIEN ÇA COÛTE?

 

Dans la rue, de 10$ à 15 $ le gramme. Entre 1 200 $ et 2 400 $ la livre à Montréal, selon la qualité et la saison.

 

OÙ CULTIVE-T-ON LE CANNABIS?

 

La moitié est cultivée à l'extérieur et doit être récoltée à l'automne. L'autre moitié, cultivée à l'intérieur, donne un produit supérieur.

 

QUI EXPORTE LA PRODUCTION?

 

Selon la GRC, la mafia italienne, les motards criminels et des groupes sur les réserves autochtones. Les Américains surveillent aussi des groupes criminels asiatiques installés au Canada.

 

QUELLE QUANTITÉ EST INTERCEPTÉE PAR LES AMÉRICAINS À LA FRONTIÈRE?

 

En 2006, 4 170 kilos de pot interceptés à la frontière canadoaméricaine, d'un océan à l'autre. 9 458 kilos en 2005

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