Un doigt d'honneur au budget
Il aura suffi d'à peine quelques heures hier après le dépôt du budget de Monique Jérôme-Forget pour que le Parti québécois fasse connaître sa réponse: c'est non.
«Au lieu de venir chercher notre adhésion, le premier ministre a choisi l'affrontement et la confrontation, a déclaré hier soir le chef intérimaire du PQ, François Gendron. Dans l'état actuel, c'est clair qu'on va voter contre le budget.»
Le chef libéral, dit Gendron, «se fout royalement» de la population qui, dit-il, «à 70 pour cent est en désaccord de mettre l'ensemble de l'argent (du déséquilibre fiscal) en réduction d'impôts. Ce n'est pas responsable.»
Gendron a rappelé qu'il avait rencontré Jean Charest à quelques reprises dans les dernières semaines pour lui faire valoir les éléments que le PQ souhaitait voir bonifier dans le budget: soins à domicile, groupe de médecine familiale, aide aux élèves dans le besoin et crédits d'impôts pour les régions-ressources.
Nouvelle réalité
«En privé, M. Charest m'a dit que mes demandes étaient précises et fondées, mais aujourd'hui il n'y a rien dans le budget, c'est inacceptable», dit le chef intérimaire, qui estime que ce dernier n'a pas compris la nouvelle réalité politique, malgré ses déclarations.
«On ne portera pas seuls la responsabilité de ne pas lire le contexte politique. La nouvelle réalité, c'est que c'est un gouvernement minoritaire et il aurait dû avoir un comportement qui le prouve.»
Ce rejet du PQ s'arrime avec la réaction de l'Action démocratique, qui lui a elle aussi fait savoir qu'elle voterait contre.
«C'est un budget électoraliste. Le gouvernement joue avec le feu, a déclaré Gilles Taillon, chef adjoint de Mario Dumont. L'opposition officielle ne peut aucunement cautionner ce budget et nous voterons contre.»
Ce front commun place Jean Charest et son gouvernement au pied du mur. S'il ne change pas son budget pour y inclure les demandes péquistes, il sera renversé lors du vote sur le budget prévu pour le 1er juin.
Dans un tel cas, le premier ministre devra se présenter devant le nouveau lieutenant-gouverneur Pierre Duchesne - qui sera assermenté la semaine prochaine - pour lui indiquer qu'il n'a plus la confiance de la chambre.
Marois est d'accord
Il pourrait alors demander à Mario Dumont de former un nouveau gouvernement ou décréter la tenue d'élections précipitées en plein été. Hier, ce scénario était déjà sur la table à dessin. La date du 9 juillet a été encerclée sur le calendrier.
Hier, François Gendron n'a pas voulu s'aventurer sur ce terrain. Mais il a reconnu «avoir parlé dans les dernières heures» avec Pauline Marois qui a, de toute évidence, donné son OK pour confronter le gouvernement de Jean Charest.
Cela indique clairement que le Parti québécois est prêt à aller en élections s'il le faut.
Yves Chartrand
Le Journal de Montréal