Vive la santé au Québec !
Médecin généraliste pendant huit ans à Cuba, M. Berrio est arrivé au Québec en 2000. «Dès le départ, au Collège des médecins, on m'a fait sentir qu'il n'y avait aucune possibilité que je sois reconnu ici», affirme-t-il.
Ce n'est qu'il y a environ deux ans, dit-il, qu'il a senti que la porte était entrouverte, à condition de réussir les examens du Conseil médical du Canada et du Collège des médecins du Québec. «Mais encore là, c'est loin d'être sûr», observe-t-il.
Plusieurs médecins étrangers ayant réussi ces examens se butent en effet à une porte close au moment d'obtenir une place en résidence, dernière étape de leur certification.
Quoi qu'il en soit, M. Berrio ne se décourage pas et il entend se mettre bientôt aux études. «Je vais me sentir plus à l'aise si j'ai au moins essayé.»
Le système médical cubain jouit pourtant d'une bonne réputation. M. Berrio y a même renvoyé sa femme, qu'il jugeait mal soignée au Québec.
«Elle s'est cassé un poignet en tombant ici, raconte-t-il. Après lui avoir mis un plâtre et une orthèse, on l'a envoyée en physiothérapie. Sa main était pourtant régulièrement bleutée, mais on s'obstinait à l'envoyer en physiothérapie.
«Ce n'était pas normal. Je l'ai envoyée consulter un ami orthopédiste à Cuba. Il a découvert qu'un nerf s'était coincé dans l'os lorsque celui-ci avait repris. Il a fallu lui recasser l'os pour décoincer le nerf.»
Même pas infirmier
En attendant de voir la porte s'ouvrir, M. Berrio a tenté, depuis son arrivée, de s'intégrer un brin au système de santé québécois en devenant auxiliaire médical.
Au cours de sa formation d'un an, il a conservé une moyenne générale de 99 %, grâce notamment à des notes de 100 % dans 13 des 18 cours du programme. Malgré son diplôme «avec mention d'honneur», on lui a refusé un emploi dans les hôpitaux où il a tenté sa chance.
Il est donc limité, pour l'instant, à son métier de préposé à l'entretien sur le quart de nuit chez Postes Canada. Il ne s'en plaint toutefois pas trop.
Il gagnait environ 20 $ US par mois comme médecin à Cuba. On lui donne 14 $ de l'heure pour faire le ménage ici.
Jean-Francois Codere journaliste au journal de Montréal