Dans les pas de Funès.
À l’automne dernier, Serge Postigo a appelé Benoit Brière, pour voir s’il souhaitait tenir le rôle principal dans Oscar de Claude Magnier, qu’il voulait monter avec Juste pour rire. Postigo ne le savait pas encore, mais Brière avait déjà acheté les droits, pour monter la pièce lui-même, à Terrebonne! «C’est un malheureux hasard, parce qu’on aurait certainement aimé travailler ensemble, et peut-être que ça se produira un jour», dit Benoit Brière aujourd’hui. Postigo et Juste pour Rire ont jeté leur dévolu sur Boeing Boeing à la place.
Et Brière, lui, concrétise enfin un projet qu’il nourrit, avec le metteur en scène Alain Zouvi, depuis 1991: monter cette pièce énorme (10 comédiens) et qui confine à l’apoplexie hystérique, que Louis de Funès avait exploitée avec brio au cinéma puis sur scène dans les années soixante-dix.
«Ça fait 18 ans qu’on se dit: cherchons un directeur artistique qui voudrait monter ça, dit Brière. Puis un jour, j’ai allumé: mais, je suis le directeur artistique (du théâtre du Vieux- Terrebonne). Alors, on y va, on le fait.»
Avec 10 comédiens sur scène, Oscar est une des plus grosses productions offertes dans la trentaine de théâtres d’été du Québec.
C’est un gros risque, ce qui explique que Brière en est le coproducteur avec le théâtre du Vieux-Terrebonne. Il partagera donc le risque et les profits d’une pièce, dont il est la vedette, avec un théâtre dont il est le directeur artistique.
«Impossible d’imaginer un conflit d’intérêts plus complet que le mien», dit-il, dans un grand rire sonore.
La carrière de Benoit Brière marche très bien, il est très demandé partout; il n’avait donc pas besoin de prendre de tels risques, artistiques et financiers, à monter un boulevard un peu hystérique, qui repose essentiellement sur ses épaules. Ni à en tenir la vedette pendant tout l’été.
«Je le fais par intérêt. Jouer dans une pièce comique, j’aime ça, au boutte. J’ai ce besoin viscéral de jouer. Vous dire à quel point je suis malheureux dans les périodes où je ne joue pas.»
De son personnage, Oscar, Benoit Brière dit que c’est «un des plus grands rôles comiques que j’ai eu à jouer. Et un des plus difficiles.»
Avec des gros titres comme Oscar, ou Boeing Boeing, sommes-nous à l’aube d’une ère de blockbusters sur les scènes estivales?
«Je ne dirais pas tant des blockbusters que des spectacles de qualité, des oeuvres qui sont universelles et intemporelles, ce qui en fait des classiques», estime M. Zouvi.
En préparant Oscar, les comédiens se sont demandé de quelle façon la jouer. Fallait-il la moderniser? L’adapter au Québec d’aujourd’hui?
«Ç’aurait été une erreur de faire ça, estime le metteur en scène, qui dit l’avoir montée dans la manière classique de Feydeau.»
La vive concurrence entre les différents théâtres (et les attentes du public, gavé de productions de qualité tout l’hiver) fait que le niveau de qualité du théâtre d’été est au diapason de ce qu’on trouve en saison.
Son comparse Benoît Brière en rajoute: «Ce n’est pas du tout exclu qu’on en vienne bientôt à faire des classiques, même en été dit-il. Du vrai Feydeau, du Labiche, ou même, aller du côté de Golgoni ou de Molière, pourquoi pas?»
Mais encore: une comédie de boulevard rendue célèbre par Louis de Funès, montée dans la manière classique de Feydeau?
«Cela veut dire: montée avec la précision d’une mécanique d’horlogerie, dit Zouvi. C’est une pièce où les personnages ne réfléchissent pas (mais réagissent, et plutôt vivement). S’ils réfléchissaient, ils ne feraient pas ce qu’ils font, et il ne leur arriverait pas tout ce qu’il leur arrive.»
«La pièce commence, et Oscar est déjà énervé et belliqueux, et, pendant deux heures, les choses ne font que s’aggraver, et sa pression ne fait que monter», dit le metteur en scène, qui rajoute que Benoit Brière la rend avec «le coffre d’un Stradivarius. Il nous donne des nuances phénoménales.»