Florent Pagny se met à table.
Un restaurant chic spécialisé en poissons situé place de l’Odéon à Paris. Dans cette ambiance feutrée, Florent Pagny, 47 ans, détonnait par sa décontraction, à quelques jours de la sortie de son nouvel album, « C’est comme ça », chanté en espagnol. Un risque ? Réponse : « C’est jamais très grave de se planter en musique.
On est dans un art mineur, il faut se détendre. En plus, je sais quand je suis mauvais. Là, quand j’écoute cet album, je suis content. » Allez, tous à table !
Entrée. Florent Pagny n’hésite pas à commander des couteaux. Soit un drôle de coquillage un rien coriace et tout en longueur, peu courant dans l’assiette. Il revient entre deux bouchées sur la genèse de cet album chanté en espagnol : « Ça fait treize ans que je vis en Patagonie, un pays où on ne parle qu’espagnol. Je n’ai jamais pris de cours, je ne peux pas entrer dans un système éducatif ou scolaire, quelle horreur… J’ai appris sur le tas. En revanche, je pige pas l’anglais, je suis hermétique. Là, ça correspond à ma nouvelle culture. » Le disque a été enregistré à Miami, en Floride. « C’est là où est le marché de la musique latino. En plus, c’est une ville de vacances. J’ai bossé avec Julio Reyes, le mec qui travaille avec le mari de Jennifer Lopez ou encore Nelly Furtado. Avec Diego Torres et Raul Paz aussi, qui m’a écrit la chanson C’est comme ça. J’ai déménagé deux ans à Miami pour m’immerger avec femme et enfants. C’est Charly Nestor (NDLR : de Charly et Lulu sur M 6) qui m’a filé un coup de main pour les contacts et l’installation. Personne ne me connaissait là-bas et ils ne me connaissent toujours pas, d’ailleurs ! »
Plat. Il a opté pour une sole meunière de petite pêche — « Ah, j’avais compris petite seiche… », se désole-t-il lorsque le serveur arrive — avec purée de pommes de terre. Pas de quoi entamer sa bonne humeur : « La sortie de l’album a été avancée parce que le single plaît aux radios. Il y a longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Depuis Savoir aimer en 1998. A l’époque, j’étais pas là, j’étais en Argentine. Ils m’avaient envoyé un mail sur le thème T’es n° 1 partout, appelle-nous… Pour Ma liberté de penser, en revanche, les mecs hésitaient à cause du sujet ( NDLR : ses démêlés avec le fisc) et de la phrase Bout de shit sous l’étagère ! » Il trempe goulûment son pain dans la purée avant de s’interrompre : « Pas terrible, ça, en temps de régime. Mais, au moins, on n’a pas pris de vin. Le vin, ça fait pas grossir, mais ça fixe le reste… »
« C’est comme si je débutais… mais avec vingt ans de carrière »
Dessert. Pas de dessert, Florent Pagny est pressé. Impatient, même. « J’ai hâte de savoir comment ce disque va être accueilli dans les pays hispanophones. Pour moi, l’enjeu est très important, je pars de zéro là-bas. C’est comme si je débutais… mais avec vingt ans de carrière. » Chanteur nomade et sans manières, Florent Pagny se partage depuis des années entre la France et l’Argentine en passant, cette fois, par Miami. Depuis deux mois, il s’est pourtant installé en famille du côté de Montfort-l’Amaury dans les Yvelines : « En rentrant de l’école, mon fils de 13 ans m’a dit qu’il avait provoqué une émeute. Les autres gamins voulaient voir la tête du fils de Florent Pagny. Ça lui a fait bizarre, il ne savait pas à quoi ressemble un CES. J’allais pas non plus le coller dans le privé, c’est vraiment pas le genre de la maison… »
Florent Pagny, « C’est comme ça » (disques Universal). Prix : 15,99 €. En tournée à partir de février 2010.
Le Parisien