Fin de la pub à France TV sur fond de grève
Annoncée par surprise par le président Nicolas Sarkozy le 8 janvier 2008, la suppression de la publicité sur France 2, France 3, France 4 et France 5 de 20 heures à 6 heures du matin est entrée en vigueur avant même l'examen de la réforme par le Sénat, qui ne démarre que mercredi.
Sur France 3, un salarié sur trois a fait grève lundi pour protester.
Depuis lundi, les soirées débutent désormais à 20h35 au lieu de 20h50 auparavant. Le journal télévisé de 20h sur France 2 est écourté de quatre minutes et démarre désormais à 19h58 pour se terminer à 20h30 précises. Le "JT" durera désormais 32 minutes, afin que les programmes de première partie de soirée puissent commencer à 20h35, a précisé France 2.
Sur France 3 , "Plus belle la vie", le feuilleton quotidien à succès démarre désormais à 20h10, et non 20h20, et pourrait donc faire de l'ombre aux journaux de France 2 et TF1.
La disparition des écrans publicitaires est l'aspect le plus visible d'une réforme qui va bouleverser le paysage audiovisuel français. Depuis le 1er janvier, les chaînes privées bénéficient, elles, d'un accroissement du temps de publicité, qui passe de 6 à 9 minutes par heure d'horloge et devrait leur apporter des dizaines de millions de recettes publicitaires supplémentaires. Elles ont aussi le droit de mentionner des marques pendant les émissions.
Grève lundi à France 3, mercredi à France 2
Après trois grèves dans l'audiovisuel public en 2008, les salariés de France 3 sont appelés à débrayer depuis lundi et jusqu'à mercredi, tandis que ceux de France 2 le sont mercredi.
A France 3, près d'un salarié sur trois ont fait grève lundi, selon la direction, avec 27% de grévistes dans la matinée et 29% dans l'après-midi pour l'ensemble de la chaîne (rédactions natinale, régionale et locale). Cette grève a fortement perturbé les journaux télévisés aussi bien le midi qu'en soirée, remplacés par des tout-en-images.
Les rédactions régionales et locales, plus particulièrement concernées par cet appel à la grève, ont largement répondu: 90% à France 3 Méditerranée, 65% à France 3 Franche-Comté ou 30% à France 3 Pays-de-Loire, selon les syndicats.
A France 2, une grève est prévue pour mercredi, le jour du début des débats au Sénat devant lequel une manifestation est annoncée à partir de 15h00.
Les syndicats craignent pour l'indépendance éditoriale de l'audiovisuel public et dénoncent la faiblesse de la compensation financière pour la suppression de la publicité et le non financement des programmes de remplacement.
Si certains syndicats doutent que le texte soit rejeté par les sénateurs, d'autres estiment que rien n'est joué compte tenu du trouble des élus du centre et des dissidences apparues au sein de la majorité de droite. L'UMP ne dispose pas de la majorité absolue au Sénat.
L'opposition dénonce une future Télé Sarkozy
La réforme de l'audiovisuel, la plus importante depuis la privatisation de TF1 en 1987, suscite nombre de polémiques, notamment parce que le président de France Télévisions sera désormais nommé et révoqué en conseil des ministres. Cette prérogative était auparavant dévolue au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), qui ne fournira plus qu'un avis conforme, tout comme les commissions des Affaires culturelles et du Sénat.
La loi transforme en outre France Télévisions en entreprise unique, 35 ans après l'éclatement de l'ORTF, ce qui a donné l'occasion à des députés de l'opposition d'afficher des pancartes brocardant "l'ORTS" (Office de radio-télévision Sarkozy).
Une enveloppe de 450 millions d'euros d'euros est inscrite dans la loi des finances 2009 pour compenser le manque à gagner pour France Télévisions.
La réforme instaure deux taxes pour financer ce manque à gagner, l'une comprise entre 1,5% et 3% sur les recettes des chaînes privées - revue à la baisse par rapport au projet initial - et l'autre de 0,9% sur le chiffre d'affaires des opérateurs télécoms.
L'UMP veut continuer le débat sur la redevance
Le parti de la majorité, qui pronostiqué le succès de la réforme de l'audiovisuel public, a souhaité lundi que le débat sur le financement, et en particulier sur la redevance, se poursuive après l'adoption du texte qui est examiné mercredi au Sénat.
Selon le porte-parole Frédéric Lefebvre, "la redevance mérite un véritable débat" et "il est clair que notre système de redevance doit être remis en discussion", notamment sur son mode de perception et son assiette.
Il souhaite une réflexion sur son automaticité pour les entreprises comme pour les particuliers, et sur son versement "par adresse" qui viserait les propriétaires de résidences secondaires.