Le NPD songe à poursuivre les conservateurs
Le Nouveau Parti démocratique envisage de poursuivre le Parti conservateur qui a, à l'insu des néo-démocrates, écouté, enregistré et diffusé une conférence téléphonique privée du NPD.
L'enregistrement fait entendre le chef du NPD, Jack Layton, se targuer auprès de son caucus d'avoir élaboré des plans pour défaire le gouvernement avec l'aide du Bloc québécois, et ce, avant que les conservateurs ne publient leur plus récente mise à jour économique. Ces discussions à huis clos ont eu lieu samedi et un enregistrement de la rencontre a été remis aux médias dimanche par le personnel du premier ministre conservateur Stephen Harper.
Le député néo-démocrate Thomas Mulcair a réagi en déclarant que son parti examine la possibilité d'intenter une poursuite au criminel. Les conservateurs n'ont pas été «invités», a-t-il dit. «Ils ont effectivement reçu les coordonnées de la conférence, mais soyons clairs, ils faisaient de l'écoute d'une conversation à laquelle ils n'avaient absolument aucun droit de participer. (...) Vous pouvez être sûrs qu'en termes juridiques le NPD va tout faire, tantôt devant la Chambre des communes, en ce qui concerne les droits, les prérogatives et les privilèges des membres du NPD qui ont été enfreints en ce qui nous concerne, et on a déjà consulté d'éminents spécialistes en droit des médias et des communications pour voir si et étudier la question de savoir si le Code criminel ne peut pas s'appliquer aussi parce qu'il y a une question d'interception de communications (...). C'est très grave, en ce qui nous concerne, mais vous savez quoi, ça montre le désespoir des conservateurs.»
Sur la teneur de la conférence téléphonique, M. Mulcair a soutenu que les discussions avec le Bloc étaient des consultations parfaitement normales entre partis dans un situation de gouvernement minoritaire, et a assuré qu'elles n'ont commencé qu'après le dépôt de la mise à jour économique du gouvernement, jeudi dernier.
Il a ajouté qu'il n'y avait pas de différence entre les plus récentes discussions entre le NPD et le Bloc québécois et celles tenues en 2004 et dont le but était de défaire le gouvernement minoritaire libéral. Au cours de l'automne 2004, Stephen Harper, alors le chef de l'opposition, avait pris part à de longs pourparlers avec Jack Layton et le chef bloquiste, Gilles Duceppe, afin de remplacer le gouvernement de Paul Martin sans tenir d'élections. Ces discussions n'impliquaient pas une coalition, mais tournaient plutôt autour du remplacement de la minorité libérale élue par un gouvernement conservateur dirigé par M. Harper et appuyé par le NPD et le Bloc au cas par cas.
Sur l'enregistrement de samedi, on entend également M. Layton dire que peu importe les politiques en jeu, il faut simplement défaire le gouvernement Harper. Il dit espérer qu'une coalition durable puisse être constituée, et qu'elle survive comme gouvernement pendant deux ou trois ans.
Le porte-parole néo-démocrate Brad Lavigne a affirmé que les conservateurs tentent tout simplement de détourner l'attention du fait que le gouvernement a perdu la confiance d'une partie de la Chambre des communes.
Un porte-parole du premier ministre a soutenu qu'il n'était pas contraire à l'éthique d'écouter à la dérobée, d'enregistrer et de diffuser aux médias des délibérations privées du NPD. Selon Dimitri Soudas, un conservateur non identifié aurait été «invité» à participer à l'appel-conférence. Peut-être que l'invitation était destinée au Bloc et qu'ils ont accidentellement invité un conservateur, a-t-il déclaré.