Vivre au crochet de l'État
Après 25 ans de prison, Maurice «Mom» Boucher et le pédophile récidiviste Mario Bastien, par exemple, auront respectivement coûté 4,3 M$ et 2,5 M$ au trésor public, selon les calculs effectués par le Journal.
Qu'ils soient riches ou non et peu importe leurs avoirs à l'extérieur des murs, les prisonniers sont nourris, logés et blanchis aux frais de l'État.
Certains d'entre eux touchent même un salaire pour leur travail en prison.
Quelques détenus paient une petite contribution pour leur prise en charge, mais cette situation a cours uniquement dans les pénitenciers fédéraux.
«Scandaleux»
D'autres détenus continuent de percevoir des rentes de la SAAQ ou de la CSST à l'intérieur des murs.
«C'est scandaleux», s'indigne l'avocat et ancien ministre de la Justice, Marc Bellemare. En 2002, il avait réclamé que les détenus qui en ont les moyens paient une par tie des frais de leur incarcération.
«Je n'ai pas changé d'idée depuis», lance Me Bellemare.
«Quand ils entrent en prison, on ne devrait pas juste les fouiller. On devrait aussi fouiller leurs comptes en banque, vérifier leurs avoirs, faire une étude de crédit», estime-t-il.
Contribution
L'avocat ajoute que certains détenus, dont ceux issus du crime organisé et des milieux artistique ou des affaires, possèdent maisons et autres biens monnayables.
Me Bellemare croit que les prisons provinciales devraient imiter les pénitenciers fédéraux et demander une contribution aux détenus qui ont un travail rémunéré.
Pierre-Hugues Boisvenu, de l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD), est aussi d'avis que les détenus solvables devraient payer. «C'est ça, payer sa dette à la société», dit-il.
Une opposition farouche
Les organismes qui défendent les prisonniers s'indignent devant ces propos.
«C'est ce qu'il y a de plus propagandiste et de moins démocratique», martèle le porte-parole de l'Office des droits des détenus, Jean-Claude Bernheim.
Celui-ci rappelle que les prisonniers assez riches pour payer sont rares.
Il estime que le fait de piger dans les poches d'un détenu peu fortuné le placerait dans une situation encore plus précaire favorisant la récidive.
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MAURICE «MOM» BOUCHER, 55 ANS
COÛT JUSQU'À PRÉSENT: AU MOINS 2 442 684,20$
APRÈS 25 ANS: AU MOINS 4 308 356,30$
2 MEURTRES: Maurice «Mom» Boucher était le chef des Nomads, c'est-à-dire le chapitre guerrier des Hells Angels. C'est lui qui a commandé à ses hommes de main les meurtres des gardiens de prison Diane Lavigne, 42 ans, abattue le 26 juin 1997 alors qu'elle rentrait chez elle après son quart de travail, et Pierre Rondeau, 49 ans, abattu le 8 septembre 1997 dans le fourgon cellulaire qu'il conduisait.
Ces victimes innocentes ont été choisies par hasard. Selon la poursuite, Boucher voulait que ses hommes tuent des gardiens de prison pour déstabiliser le système judiciaire et s'assurer de la fidélité de ses troupes. Son emprisonnement a coûté cher: 1,8 million de dollars seulement pour sa détention à haute sécurité dans son bunker de la prison pour femmes Tanguay, construit juste pour lui.
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MARIO BASTIEN, 37 ANS
COÛT JUSQU’À PRÉSENT: 706 393,48$
APRÈS 25 ANS: 2 256 893,50$
1 MEURTRE: En 2000, à Sorel-Tracy, il enlève le petit Alexandre Livernoche, 13 ans. Le prédateur, insensible aux supplications de sa victime, l’agresse sexuellement à plusieurs reprises, l’étrangle, lui fracture des côtes et le poignarde à répétition avant de l’enterrer vivant dans une sablière. Bastien avait été libéré de prison peu de temps avant de s’en prendre au garçon, et ce, même s’il était considéré comme un pédophile récidiviste dangereux.
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PAUL BERNARDO, 44 ANS
COÛT JUSQU’À PRÉSENT: 1 354 298, 30 $
APRÈS 25 ANS: 2 207 073, 30 $
2 MEURTRES: Il a été condamné à vie, en 1995, pour les meurtres de Kristen French, 15 ans, et Leslie Mahaffy, 14 ans, deux adolescentes ontariennes qu’il a violées, torturées et tuées en 1991 et 1992 en compagnie de sa conjointe de l’époque, Karla Homolka. Le couple maudit a aussi causé la mort de la petite soeur de Karla, Tammy Homolka, 16 ans. Ils l’ont droguée et violée, avant qu’elle ne meure étouffée dans ses vomissures la veille de Noël 1990. Karla avait donné sa petite soeur en «cadeau» à son mari. Déclaré délinquant dangereux, il risque de mourir en prison.
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WILLIAM FYFE, 53 ANS
COÛT JUSQU’À PRÉSENT: 735 236,69$
APRÈS 25 ANS: 2 223 716,70$
9 MEURTRES: C’est le pire tueur en série de l’histoire du Québec. Il a tué avec une violence extrême neuf femmes de 26 à 59 ans vivant seules, entre 1979 et 1999. Il réussissait à endormir la méfiance de ses victimes, qui le laissaient entrer chez elles. Ce meurtrier a mystifié la police pendant 20 ans en ne laissant aucun indice derrière lui. Il a fini par commettre l’erreur de laisser une empreinte digitale sur un cadre de porte chez sa dernière victime.
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AGOSTINO FERREIRA, 45 ANS
COÛT JUSQU’À PRÉSENT: 1 019 348,60$
APRÈS 25 ANS: 2 042 678,60$
2 MEURTRES: En mars 1990, Ferreira a bâillonné, ligoté et poignardé à mort deux vendeuses de 24 et 34 ans qui travaillaient dans une boutique de vêtements d’Outremont. Il n’a été arrêté que cinq ans plus tard, en janvier 1995, après que deux autres vendeuses qu’ils avaient enlevées dans leur boutique et séquestrées chez lui, rue Ontario, eurent réussi à s’échapper pendant son absence. Il a été déclaré délinquant dangereux en 1996.
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CLIFFORD OLSON, 68 ANS
COÛT JUSQU’À PRÉSENT:1 136 450$
APRÈS 37 ANS*: 2 525 034,80$
11 MEURTRES: C’est l’un des pires tueurs en série de l’histoire canadienne. De 1980 à 1981, il a enlevé, torturé et tué onze jeunes filles et garçons de 9 à 18 ans en Colombie-Britannique. Il a été arrêté alors qu’il tentait d’enlever deux fillettes. Faisant preuve d’une cruauté sans nom, il s’est notamment amusé à décrire aux familles des victimes les supplices et/ou les viols qu’il leur a infligés avant de les massacrer. En juillet 2006, alors qu’il avait purgé ses 25 ans de prison à Sainte-Anne-des-Plaines, Olson a tenté d’obtenir sa libération conditionnelle, qui lui a été refusée. (* S’il vit jusqu’à 79 ans, selon les meilleurs pronostics d’espérance de vie.)
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KARLA HOMOLKA, 38 ANS
COÛT TOTAL: 1 330 265, 50 $
2 MEURTRES: En 1993, elle écope de 12 ans de réclusion pour les homicides involontaires de Kristen French, 15 ans, et Leslie Mahaffy, 14 ans, en échange de son témoignage contre son ex, Paul Bernardo.
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VALERY FABRIKANT, 68 ANS
COÛT JUSQU’À PRÉSENT: 1 126 434,60$*
APRÈS 25 ANS: 1 932 694,60$
4 MEURTRES: En août 1992, ce professeur en génie à l’Université Concordia pénètre dans le pavillon Henry F. Hall. Il se rend au neuvième étage, où il abat à bout portant les professeurs Michael Hogben, 52 ans, Phoivos Ziogas, 48 ans, Jaan Saber, 46 ans, et Matthew Douglass, 66 ans. Il atteint aussi à plusieurs reprises la secrétaire Elizabeth Horwood, 66 ans, qui survit à ses blessures. Fabrikant accusait ses collègues de s’approprier les travaux de leurs étudiants pour obtenir des contrats auprès de certains ministères. (* Les frais de sa détention n’incluent pas les dépenses astronomiques engendrées par les multiples recours intentés par ce plaideur quérulent.)
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SERGE ARCHAMBAULT, 52 ANS
COÛT JUSQU’À PRÉSENT: 1 113 619,10$
APRÈS 25 ANS: 1 943 136,10$
3 MEURTRES: Surnommé «le boucher de Saint- Eustache», il a tué trois femmes en 1989 et 1992. D’abord, Anna-Maria Codina-Leva, 29 ans, de Verdun, parce qu’elle était son amante et qu’elle voulait tout révéler à sa femme. Puis il s’est attaqué à deux inconnues: Chantal Brière, 24 ans, de Deux-Montagnes, qu’il a battue et martyrisée; et Rollande Asselin-Beaucage, 47 ans, de Saint-Calixte, qu’il a battue, mutilée puis abattue, après lui avoir demandé d’entrer chez elle pour boire de l’eau.
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GERALD MATTICKS, 68 ANS
COÛT JUSQU’À PRÉSENT: 639 015,08$
CÔUT À SA LIBÉRATION D’OFFICE: 786 312,58$
Surnommé «le roi du port de Montréal», membre influent du gang de l’Ouest et proche de Mom Boucher, il a été arrêté dans le cadre de l’opération Printemps 2001. Il a ensuite plaidé coupable à des accusations d’importation et de trafic de drogue, ainsi que de gangstérisme. Condamné à 12 ans de prison, il a purgé la moitié de sa peine. Il a récemment échoué dans sa tentative d’obtenir une libération conditionnelle.