Céline met le feu à Bercy
À trois reprises, René Angélil a touché du bois dans son bureau du Palais Omnisport de Paris, à deux heures de la première de Céline. L'impresario superstitieux veut que ça continue d'aller bien pour la tournée, pour les fans qui adorent Céline et pour sa santé. Jusqu'à maintenant, la tournée mondiale Taking Chances roule comme sur des roulettes. «Ça se passe bien partout, c'est plein partout, les foules sont impressionnantes, indique René Angélil, qui s'empresse de chercher un bout de bois dans son bureau pour le toucher. L'engouement des fans pour Céline est le même partout dans le monde.»
La première du spectacle à Bercy est un moment spécial. Il y a neuf ans, en 1999, Céline y faisait un triomphe alors que René, malade, suivait de son domicile de Floride via satellite le spectacle. En France, où Céline a trouvé, comme au Québec, son public, la chanteuse se sent un peu chez elle.
«Ce soir, c'est différent, estime René Angélil. Je sais que le public français qui ne l'a pas vu depuis longtemps va être en feu. Les retrouvailles seront touchantes. Avec un accueil comme celui que les fans lui ont réservé devant l'hôtel, c'est certain.»
Encore plus fort
En 1999, René Angélil combattait un cancer. Le principal intéressé y pense bien entendu en ce moment, neuf ans après la dure épreuve.
«Je n'ai rien vaincu, dit-il, tous ceux qui ont eu ça (le cancer) savent ce que je veux dire. Mais tout se passe bien depuis neuf ans.»
Avec Céline, il est passé à travers la maladie et leur couple n'est devenu que plus fort encore: «On s'aime et on se respecte mutuellement, déclare René. On est bien l'un avec l'autre. On se comprend et on aime les mêmes choses. Et depuis sept ans, on a le même amour, René-Charles.»
Une photo de son père
René Angélil n'élabore pas. Il avait hier bien d'autres choses en tête que la maladie. Toute la famille Dion était sur place pour cinq jours pour voir Céline et faire du tourisme.
En 1999, le père de Céline, Adhémar Dion, et Eddy Marnay, son premier parolier, étaient dans la salle. Hier, ils étaient les grands absents. Mais dans la loge de Céline, partout où elle va, sont accrochées deux photos : l'une de sa mère, son père et René-Charles, une autre d'Eddy Marnay. «Ses portebonheur», en convient René Angélil.
Céline Dion a mis hier le feu au Palais Omnisport de Bercy devant une salle pleine à craquer de fans conquis d'avance.
Céline a donné tout un spectacle à son public français. C'est dans un tonnerre d'applaudissements qu'elle a été accueillie lorsqu'elle faisait son entrée sur I Drove All Night, enchaînant tout de suite avec un de ses succès français, J'irai où tu iras.
«Vous m'avez manqué. Je suis tellement heureuse, ça faisait trop longtemps ! a commenté la star, vêtue d'une courte robe fuschia de Balmain Paris. Revenir à Paris, c'est comme revenir chez moi. J'ai des liens avec votre chez-vous très particuliers.»
Céline Dion et sa bande présentaient hier Taking Chances sur la fameuse scène centrale dont on a tant entendu parler. Cette scène fait toute la différence. On aurait dit hier un nouveau spectacle. Il faut dire que Céline interprétait pour ses fans français huit chansons en français au lieu d'une seule, comme ailleurs dans le monde. C'était bien d'entendre à nouveau les Destin, Ziggy, Je sais pas, S'il suffisait d'aimer. Mais encore fallait-il être assis assez loin d'un de ces très expressifs fans français qui chantaient à tue-tête toutes les paroles de ses chansons, même en anglais. On ne peut empêcher un cœur d'aimer.
Pas assez d'yeux
Sur cette scène centrale, munie de tapis roulants et d'élévateurs en tout genre, Céline Dion, entourée du public, évolue de façon très différente que sur une scène régulière. Ses déplacements sont fluides et ses changements de costume, plus nombreux. La styliste Annie Horth lui a d'ailleurs dégoté plusieurs nouvelles tenues de scène impeccables, notamment du Balmain, des chaussures Alaia et des hip boots Givenchy. Alors qu'elle passe à la partie soul de son spectacle, quand elle chante It's a Man's World, Céline ramène sa jolie robe blanche qu'elle portait en Afrique du Sud, accompagnée de bottes à lanières blanches Givenchy.
Les danseurs aussi peuvent démontrer tout leur savoir-faire sur cette scène centrale. Leurs mouvements respirent. Les éclairages et projections prennent aussi toute leur ampleur, notamment sur des écrans transparents de forme carrée au centre de la scène. On n'a pas assez d'yeux pour voir tous ces jeux de plateaux, ces élévations et descentes des membres de la troupe, musiciens et danseurs. Ils apparaissent et disparaissent de partout.
Dans la salle, qui compte 15 000 places, on pouvait voir des dizaines de pancartes et banderoles, autant de mots d'amour destinés à la chanteuse. Ces fans-là l'attendaient de pied ferme depuis 1999.
De la dynamite
Vers la fin du show, quand Céline interprète River Deep Mountain High vêtue de sa courte robe dorée à la Vegas, c'est de la dynamite. Tout le monde, debout, bouge avec elle. Même le PM Jean Charest et toute sa rangée se lèvent pour frapper des mains.
Céline termine son spectacle avec My Heart Will Go on (Titanic), comme elle l'a fait partout ailleurs en tournée. Hissée sur un socle, vêtue d'une longue robe Versace noire, entourée des lueurs de plein de bougies. Elle réserve toutefois une dernière surprise pour la France et y va de sa dernière chanson en français, Pour que tu m'aimes encore, déambulant comme une princesse tout le tour de sa grande scène.
Le premier ministre Jean Charest, qui assistait hier à Bercy à la première du spectacle de celle qu'il nomme «l'ambassadrice par excellence du Québec», s'est dit impressionné d'avoir rencontré une mégastar telle que Céline Dion.
Jean Charest a mangé hier, juste avant le spectacle, avec le couple Dion/Angélil dans une loge aménagée pour l'occasion. Le souper fut organisé à la dernière minute par Denise Bombardier ; le premier ministre et son épouse, Michèle Dionne, ont dégusté le même menu de traiteur prévu pour toute l'équipe de production (il faut dire que c'est excellent).
La rencontre a été teintée d'humour. Céline, très calme avant d'entrer en scène, aurait même suggéré à M. Charest de lui donner elle-même des conseils pour combattre le stress. De sa rencontre avec Céline Dion, Jean Charest s'est dit charmé par sa simplicité naturelle très québécoise, sa modestie, sa spontanéité, «une personne très enracinée au Québec» et «qui fait partie de notre histoire».
«Céline Dion est un grand livre ouvert qui porte la signature du Québec», a-t-il commenté.
«Où est la gouverneure ?»
Quant au spectacle de Céline Dion, M. Charest a dit avoir éprouvé un moment très fort et beaucoup d'émotion devant
l'accueil chaleureux que Céline reçoit en France. «On ne peut faire autrement que d'être très fiers de ce talent reconnu sur la planète», a-t-il confié.
M. Charest n'a pas eu peur de se faire critiquer par les partis d'opposition en raison sa présence au show de Céline Dion, lui qui s'est fait voler la vedette par Michaëlle Jean au départ des festivités du 400e de Québec à La Rochelle, en France. Au contraire.
«Elle est où, ce soir, la gouverneure générale ?» a-t-il martelé à la blague.
Ni chanté ni dansé
Jean Charest a suivi le spectacle de Céline Dion bien sagement. Il n'a ni chanté ni dansé, même si sa femme et leur fille Amélie (ils ont trois enfants) connaissent plusieurs des chansons de Céline par cœur et que le couple possède de ses CD à la maison.
«Je me suis gardé une p'tite gêne, a plaisanté M. Charest. Et j'ai respecté les règlements. Je dirige tout de même le Québec.»
Poursuivant dans la bonne humeur, M. Charest a accepté la comparaison entre l'impressionnante mécanique du spectacle de Céline et celle de diriger un gouvernement : «Le spectacle de Céline Dion est surtout de la poésie, nous (au gouvernement), on fait de la prose», a-t-il répondu.
Le premier ministre n'avait pas planifié sa venue en France autour de Céline Dion, mais il espérait que son séjour coïncide avec la remise de la Légion d'honneur à la star québécoise par Nicolas Sarkozy à l'Élysée. Les dates ayant été modifiées, ça n'a pas pu être possible.
«Nous avons voulu commencer notre voyage avec des matières politiques, puis historiques, suivies de sujets d'avenir et finir en crescendo avec Céline Dion», a-t-il expliqué.
«Céline Dion est un lien très fort entre nos citoyens respectifs (de la France et du Québec).»