Tout s'est donc bien fini pour les 30 membres d'équipage
"Strictement aucun argent public n'a été versé, vous verrez avec l'armateur ce qu'il en est", a affirmé vendredi, lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le général Georgelin, laissant entendre la possibilité d'un versement par l'armateur. "Il appartiendra à l'armateur de révéler s'il le souhaite la nature des négociations", a-t-il insisté. Mais "en récupérant les pirates, nous avons aussi récupéré quelques sacs intéressants... On a récupéré une partie de la rançon qui a probablement été versée", a-t-il dit.
2 millions de dollars dont une partie récupérée ?
Vérification faite auprès de l'armateur : "c'est un processus très délicat et difficile, et donc il ne faut retenir que le résultat, c'est-à-dire des gens d'équipage qui vont pouvoir rentrer dans leurs familles", a dit vendredi soir le directeur général de la CIP, l'armateur du voilier, dans la cour de l'Elysée, après avoir été reçu par Nicolas Sarkozy avec les familles des ex-otages, tout en refusant de parler rançon. "C'est l'armateur qui a payé, il a payé la rançon", a pour sa part affirmé à la presse une membre des familles des ex-otages... avant qu'une source proche du dossier affirme qu'une rançon "d'environ 2 millions de dollars" avait été versée par l'armateur. Selon cette source, des forces spéciales françaises ont mené de bout en bout la négociation de la rançon entre l'armateur et les pirates.
Le versement de la rançon aurait été fait en mer : un petit bateau avec à son bord trois des pirates serait allé à la rencontre d'un autre petit bateau dans lequel avaient pris place deux membres du GIGN et un commando marine. Ensuite, les membres de l'équipage auraient été acheminés vers le navire français Jean Bart, le capitaine du voilier restant à bord du Ponant jusqu'au dernier moment.
Des victimes lors de l'opération héliportée ?
Une fois les otages récupérés, une opération a été lancée par des commandos marine pour appréhender sur terre les pirates. Un tireur d'élite a immobilisé un véhicule des preneurs d'otages en tirant dans le moteur, toujours selon cette source. "Six pirates ont été pris et se trouvent sur le porte-hélicoptère Jeanne d'Arc", a de son côté indiqué Edouard Guillau, chef de l'Etat-major particulier du président, lors de la conférence de presse à l'Elysée, précisant que le président Sarkozy avait suivi l'opération en temps réel. Ils ont été capturés "une petite heure après" la libération, alors qu'ils avaient "regagné la terre ferme", a complété Jean-Louis Georgelin, chef d'Etat-major des armées. "Nous avons pu pister les pirates, ce qui a permis par une action héliportée d'intercepter de l'ordre de la moitié de ce commando." Ceux-ci "seront remis à la justice française", a-t-il assuré, confirmant que les pirates étaient d'anciens pêcheurs, tous Somaliens, "qui se sont spécialisés dans ce genre d'activités".
"Il n'y a pas eu ouverture de feu pendant la phase de libération, mais négociation entre l'armateur et les pirates par radio", a dit Jean-Louis Georgelin. D'ailleurs, les forces françaises n'ont procédé qu'à "des tirs de sommation et d'interception, pas à tirs directs sur les pirates". Toute l'opération s'est déroulée "avec l'autorisation des autorités somaliennes", a encore précisé le général Georgelin. Mais un gouverneur somalien a affirmé que 3 personnes avaient été tuées et 8 autres blessées vendredi lors d'une opération héliportée française contre un repaire de pirates somaliens, peu après la libération du voilier. L'Elysée a aussitôt démenti "catégoriquement" ces affirmations.
Sarkozy va lancer "une action internationale concertée contre la piraterie"
Le Jeanne d'Arc, qui "passait dans les parages", a pu être aussitôt réquisitionné, tout comme un le Jean Bart, sur lequel avaient été dépêchés des membres du GIGN, qui sont toutefois restés "à distance", a complété Jean-Louis Georgelin, chef d'Etat-major des armées.
Et de rappeler qu'en 2007, 280 opérations de piratages se sont déroulées dans le monde, "dont plus de la moitié dans cette zone de la corne de l'Afrique". Nicolas Sarkozy a en outre proposé "une action internationale concertée contre la piraterie" maritime, a déclaré Jean-David Levitte, conseiller diplomatique du président, qui participait à la conférence de presse. "Cette initiative sera lancée dès aujourd'hui sous forme de premier contact informel avec les 14 partenaires de la France au Conseil de sécurité", des Nations unies. "Dès que se sera possible, sans doute dans le courant de la semaine prochaine, un premier texte commencera à circuler pour son adoption dès que les partenaires seront prêts", a-t-il ajouté.
Les ex-otages probablement de retour la semaine prochaine
Retenus par des pirates depuis une semaine, les 30 membres d'équipage du voilier de luxe ont été libérés "sans incident", avait annoncé un peu plus tôt dans la journée Nicolas Sarkozy. "Nous allons organiser leur retour en France dès que possible", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. Ils sont avec la marine nationale française en route vers Djibouti, a indiqué, depuis Djibouti, une source proche du dossier. "Ils seront ici dans les prochains jours et sont acheminés par la marine nationale française."
Le navire est attendu mardi à Djibouti, "avec ou sans les ex-otages", selon l'armateur. "Peut-être que le capitaine restera à bord avec les militaires pour ramener le bateau sous escorte", a-t-il ajouté. Les autres pourraient regagner Djibouti par une frégate plus rapide. Le rapatriement en France devrait se faire ensuite. Là, ils seront notamment accueillis par des officiers français qui les interrogeront sur leur détention, comme le veut la procédure.