«Il n'y a rien de plus faux»

Publié le par Cyril

Dépeinte dans la fiction télévisée comme ayant trahi les Lavigueur pour de l'argent, la vraie courtière immobilière qui a vendu le domaine de l'île aux Pruches aux Lavigueur affirme que tout cela est faux.

 

«Ce que Yve Lavigueur croit qu'il a subi, il me le fait subir», déplore l'ex-agente d'immeubles Nicole Hamel. Celle-ci fait référence à la façon mensongère dont elle est décrite dans la télésérie, comme les Lavigueur l'auraient été dans les médias autrefois.

C'est que dans un épisode, l'on peut voir le personnage incarnant Mme Hamel recevoir une enveloppe d'argent d'un journaliste. En échange, la courtière donne des photos du domaine de l'île aux Pruches, acquis en 1986 par la célèbre famille. La scène se déroule dans un bar.

Or il n'y a rien de plus faux, s'indigne aujourd'hui Mme Hamel.

«Je n'ai jamais parlé à un journaliste. J'avais même demandé aux Lavigueur de ne pas parler de la transaction avant qu'elle ne soit faite», dit-elle.

Mme Hamel souligne que lorsque la nouvelle est parue dans le journal, la transaction n'était pas complétée. Pour celle qui venait de se retrouver monoparentale à l'âge de 35 ans, l'enjeu était de taille. En cas d'échec, elle y aurait perdu une commission de 35 000 $ à partager avec son employeur, Le Permanent. Raison de plus, dit-elle, pour ne pas éventer l'affaire.

Appels de la famille

Le scénario de la série a fait comprendre bien rudement à Mme Hamel combien le pouvoir de la télévision est immense.

«Tout le monde m'a appelé après l'épisode de la semaine passée. Mon frère m'a demandé: «As-tu fait ça? «J'ai été obligée d'appeler mes enfants pour leur dire la vérité», raconte Mme Hamel.

Elle croit que ce sont des membres de la famille Lavigueur qui ont raconté à tout un chacun qu'ils étaient en voie d'acheter le domaine, provoquant éventuellement la fuite dans les journaux.

Celle qui a suivi tous les épisodes de la série prend tout de même l'affaire avec philosophie.

«Au fond, je le sais que je ne suis pas comme ça, ce n'est pas si grave», laisse-t-elle tomber.

Mme Hamel exploite aujourd'hui une bergerie dans la région de Victoriaville.

 
Un méchant qui n'a jamais existé

Sylvain Gamache, le journaliste «fouille-merde» de la série Les Lavigueur, n'a jamais existé.

Un autre pan de la série Les Lavigueur se découd. Il s'agit plutôt d'un amalgame de certains reporters de l'époque, assure Nicolas

Canuel, l'acteur qui l'incarne Gamache au petit écran.

«Ce personnage est tiré de la vérité, mais ça reste romancé, plus que dans le livre», dit-il. «Ils l'ont subdivisé en deux, j'en joue une partie et Roc Lafortune (Frank Lemieux) fait l'autre», ajoute-t-il.

Nicolas Canuel ne croit pas que son personnage puisse nuire à l'image des journalistes d'aujourd'hui.

«Les gens sont assez intelligents pour faire la part des choses. C'était une époque où les choses se faisaient différemment», dit-il.

«Plus humain»

Son personnage dans l'épisode de ce soir et de la semaine prochaine se montrera sous un jour plus «humain».

«Il s'en va vers un meaculpa, il remet en doute la pertinence de tout ça», précise Nicolas Canuel.

Les commentaires qu'il reçoit de la part des spectateurs sont positifs. On est loin des tomates lancées en pleine rue. «Ils me regardent en me disant T'es un p'tit vlimeux, mais ça reste sympathique!» confie-t-il.

Du reste, son rôle n'a pas changé sa vision du journalisme. «J'ai des amis dans le métier, je pense que le journalisme est à l'image de l'humanité, il y a toutes sortes de journalistes», dit-il.

 
Loto-Québec soutient n'avoir jamais révélé aux journalistes que le père Lavigueur vivait depuis longtemps sur l'aide sociale, contrairement à ce que l'on laisse croire dans la télésérie.

 

Au cours du deuxième épisode, Jean-Guy Lavigueur proteste auprès d'un représentant de Loto- Québec, lorsqu'il entend une journaliste de la télévision venue assister à la remise des chèques aux millionnaires, le présenter comme un «veuf [...] vivant de l'aide sociale depuis des années».

«C'est ce qu'on nous avait dit, on va arranger ça» réplique l'homme en question, visiblement embarrassé. Comme s'il était responsable de cette gaffe.

Jean-Pierre Roy, actuel responsable des communications chez Loto-Québec, était présent lors de cette fameuse conférence de presse du 1er avril 1986, après que les Lavigueur eurent reçu leur chèque.

Ce passage l'a fait sursauter. Jamais lui ou ses collègues n'ont coulé ou ne couleraient ce genre d'information personnelle aux journalistes, insiste-t-il en entrevue au Journal.

«D'abord parce que cela ne se fait pas, ce n'est pas d'intérêt public, ensuite parce que dans le cas de M. Lavigueur, ça n'aurait pas été exact.»

Au chômage

M. Roy rappelle que M. Lavigueur était au chômage et n'avait pas encore touché son premier chèque de l'aide sociale.

C'est d'ailleurs ce que rapportait le représentant du Journal de Montréal dans son article paru le lendemain.

Un autre «petit détail» a «agacé» M. Roy: «Dans le même épisode, dit-il, on voit des bouteilles de champagne et de bière posées sur la table pendant la conférence de presse. On ne fait jamais ça.»

En revanche, il a bien reconnu le Jean-Guy Lavigueur «chaleureux et drôle» de l'époque, ainsi que l'ambiance «électrisante» qui régnait ce jour-là.

 

D'autres faussetés

 

Comment Louise a appris la nouvelle

Dans la série, Louise apprend que sa famille a gagné le gros lot en regardant la conférence de presse en direct à la télévision. Dans son affidavit, Louise affirme plutôt qu'elle l'a appris le lendemain à la radio et en lisant les journaux.

Deux ans de trop

Dans la série, Micheline, la mère, fait référence aux soeurs Lévesque. Or, les soeurs Lévesque ont été arrêtées à Rome avec leurs valises rouges en janvier 1986, soit plus de deux ans après que Micheline eut succombé à une crise cardiaque.

Pourquoi elle n'a pas acheté de billet

Dans la série, Louise refuse de donner 2 $ à son père pour participer à l'achat de billets de 6/49. Dans son témoignage en cour, Louise a raconté qu'elle n'avait pas pu miser son 2 $ parce que son père lui avait interdit l'accès à l'appartement familial.

 
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