Chirac mis en examen

Publié le par Cyril

L'audition aura duré le temps d'une matinée. Arrivé au pôle financier du Tribunal de Paris vers 8h30 ce matin en temps que "témoin assisté", Jacques Chirac est ressorti vers midi avec sa mise en examen pour "détournement de fonds publics" dans l'affaire des emplois présumés fictifs à son cabinet quand il était maire de Paris, de 1977 à 1995, a annoncé son avocat, Jean Veil.

C'est la juge d'instruction Xavière Simeoni , chargée d'instruire ce dossier, qui a auditionné l'ancien chef de l'Etat. Il sera à nouveau entendu d'ici quelques mois sur les chargés de mission. Selon Me Veil, Jacques Chirac n'a en effet pas été entendu ce mercredi directement sur les chargés de mission mais sur l'organision générale de la mairie de Paris et "l'organigramme des responsabilités des uns et des autres". L'audition s'est déroulée "dans le meilleur climat", a souligné l'avocat.

C'est la deuxième fois que Jacques Chirac est entendu par les juges depuis sa fin de mandat présidentiel. La première audition s'était déroulée le 19 juillet dernier avec le juge de Nanterre Alain Philibeaux, chargé d'une autre affaire concernant des emplois de complaisance du RPR. 

Des emplois "légitimes autant que nécessaires"

Jacques Chirac, autour duquel se resserre l'étau judiciaire depuis qu'il est redevenu un citoyen ordinaire, avait semble-t-il anticipé cette mise en examen, puisque Le Monde publie dès ce midi, dans son édition datée de jeudi, une tribune dans laquelle l'ancien chef de l'Etat dit avoir "souhaité ou autorisé", lorsqu'il était maire de Paris, les recrutements de chargés de mission car ils étaient "légitimes autant que nécessaires". Dans ce texte titré "Vérité sur les chargés de mission de Paris", Chirac regrette toutes les "choses inexactes, parfois outrancières" qui ont été dites sur ce sujet, et explique qu'il lui apparaît de ce fait "nécessaire" de "s'adresser simultanément aux Français". Il explique notamment que dès le 13 décembre 1977, le "conseil municipal a délibéré et autorisé leur recrutement, autorisation renouvelée ensuite, tous les ans, lors du débat public sur le budget". "Jamais les moyens de la Ville de Paris n'ont été mis au service d'autres ambitions que d'agir pour les Parisiennes et Parisiens. Jamais il n'y a eu d'enrichissement personnel", écrit encore l'ancien chef de l'Etat et ancien maire de Paris.

Cette affaire a débuté avec la plainte d'un contribuable parisien en 1998.  En janvier 1999, une information judiciaire était ouverte pour "faux en écriture publique, prise illégale d'intérêts, détournements de fonds publics et recel". Une vingtaine de personnes sont soupçonnées d'avoir attribué des emplois de complaisance ou d'en avoir bénéficié dans les années 80-90, du temps des maires Jacques Chirac (1977-1995) et Jean Tiberi (1995-2001).C'est dans ce dossier qu'Alain Juppé a déjà été entendu comme témoin le 15 mai dernier et que quatre ex-directeurs de cabinet de Jacques Chirac sont mis en examen.

 

Les autres dossiers judiciaires visant Chirac

SEMPAP ET AUTRES DOSSIERS DE LA VILLE DE PARIS : le dossier de la Sempap, société d'imprimerie de la Ville de Paris, porte sur des détournements de fonds qui auraient servi notamment au financement du RPR. D'autres dossiers sont ouverts, visant notamment l'affaire du Crédit municipal dans laquelle Guy Legris, ex-patron du RPR parisien, est mis en examen pour détournement de fonds, l'entretien de jardins privés d'élus par des jardiniers municipaux entre 1983 et 2001.

EURALAIR : Une information judiciaire menée par la juge Xavière Simeoni pour "abus de biens sociaux, banqueroute" visant la faillite en 2003 de la compagnie aérienne Euralair, dirigée par Alexandre Couvelaire, un proche de Jacques Chirac, concerne en partie des vols gratuits dont aurait bénéficié le couple présidentiel. Une perquisition a été menée en octobre dernier pour obtenir des factures relatives aux campagnes électorales présidentielles de Jacques Chirac en 1995 et 2002 au centre des archives contemporaines de Fontainebleau.
        
CLEARSTREAM : Jacques Chirac est désigné par des dépositions et des éléments matériels comme étant à l'origine d'une enquête parallèle en 2004 du général Philippe Rondot sur les faux listings de la société financière luxembourgeoise, qui semblaient compromettre des personnalités, dont Nicolas Sarkozy. Une opération de déstabilisation est soupçonnée contre ce dernier, qui est partie civile. Jacques Chirac a invoqué des raisons juridiques liées à la Constitution et son statut de chef de l'Etat pour refuser de déposer.
   
AFFAIRE BORREL : Des documents officiels saisis lors de perquisitions dans des ministères montrent que l'Elysée a tenté d'aider les autorités de Djibouti, soupçonnées du meurtre du magistrat Bernard Borrel en 1995, à obtenir copie du dossier et les a encouragées ensuite à porter plainte contre la France. Jacques Chirac refuse aussi de déposer dans cette affaire.

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