«Qu'on le démette»
«Je n'ai pas aimé les propos de M. Joli-Coeur, a dit M. Boucher au cours d'une entrevue exclusive au Journal de de Québec, plus particulièrement lorsqu'il a dit : le roi est mort, vive le roi. Si on le remplace mardi prochain, ce que je souhaite, je pourrai dire la même chose de lui.»
M. Boucher s'est toujours interdit des incursions dans le champ politique, qu'il laissait totalement à sa femme. Les paroles de M. Joli-Coeur l'ont toutefois blessé et il a délibérément jeté les gants, par amour. «C'était indélicat pour quelqu'un qui a fait de la diplomatie. Je souhaite qu'on le démette et qu'on laisse la place à Ralph Mercier, qui est le premier vice-président du comité exécutif et qui était bien au courant de toutes les intentions d'Andrée.»
Une femme estimée
M. Boucher a eu des entretiens privés au cours des dernières heures avec le premier ministre Jean Charest et avec le ministre de la Santé, Philippe Couillard. «Ils m'ont dit qu'Andrée était la femme avec laquelle ils ont eu le plus de plaisir à travailler», rapporte-t-il avec émotion. M. Boucher est encore bouleversé par l'importance des témoignages d'estime qu'il entend et voit. «Il y a des fleurs plein notre terrain. S'il fait beau samedi, Andrée aura un bel hommage.»
«On ne soupçonnait pas personne à quel point les gens l'aimaient. Je suis tellement content pour elle. Elle a fait de la politique à sa manière, à visière levée et les gens ont apprécié cela.»
M. Boucher a dû partager sa conjointe avec le public depuis plus de trente ans. «On était incapable d'aller manger au restaurant, répond-il à ceux qui reprochaient au couple d'être casanier. Tout le monde voulait lui parler et on ne mangeait pas. Mais on faisait des promenades. J'essayais de laisser Andrée aller à l'avant-plan et pour ma part de faire quelques choix d'activités auxquelles je participerais. Le Red Bull , par exemple, j'y serais allé.»
«C'était une politicienne que tu pouvais toucher. Parfois, elle revenait d'une activité et me disait: je vais aller me laver les joues, j'ai eu trop de becs!»
«Les gens lui touchaient un bras, l'épaule, elle aimait le contact avec le monde et c'était réciproque», raconte M. Boucher.
Journalistes
Le docteur Boucher (dentiste et ex-président de son ordre professionnel) a aussi relaté avec amusement les longues conversations téléphoniques du dimanche après-midi de son épouse avec les journalistes et chroniqueurs. «Andrée vous aimait beaucoup», a-t-il glissé à un certain moment de l'entrevue, particulièrement touchant, au journaliste du Journal de Québec, qui a dû composer avec «la mairesse» pendant trois décennies.
M. Boucher a été à ce point vexé par certains propos entendus suite au décès de son épouse, en particulier de la part du maire suppléant Jacques Joli-Coeur, qu'il a jeté, avec une pointe d'ironie: «Je pense que je vais me présenter. Ce serait un bon tour à leur jouer. Et vous pouvez l'écrire!»
Protocole
Marc Boucher aurait aimé visiter les bureaux d'arrondissement où les gens se rendent signer des «registres» de condoléances et d'estime à l'endroit de sa conjointe. «On est tellement pris. On a le protocole, les égos de tout le monde qui sont parfois très gros. On a aussi souhaité que les dignitaires viennent à la même petite réception avec nous; qu'ils n'y aient pas une autre affaire en parallèle avec le jet set», rapporte aussi M. Boucher, qui doit causer bien des maux de tête aux services du protocole et de sécurité des bureaux des premiers ministres, Stephen Harper et Jean Charest.