100 000$ par an en facture de médicaments
Retraité de l’ex-Camco dans l’Est de Montréal, atteint d’un grave cancer du foie qui lui coûte plus de 100 000 $ par an en médicaments et injections, Pierre Vinet, 63 ans, vient d’apprendre que son employeur s’apprête à plafonner à 60 000 $ « à vie » le montant de ses réclamations.
Comme vient de le faire Labatt Canada, Mabe Canada, qui a acquis Camco il y a un an, veut imposer des limitations à ses retraités.
« Je suis révolté. Ça fait une semaine que je ne dors plus », confie le retraité.
Il a l’impression d’être traité « comme du bois de grange » après une carrière de « 40 ans et 2 mois » chez Camco, rue Notre-Dame.
Pour ralentir la progression de son cancer, on lui a prescrit un médicament puissant - le Gleevec - qui coûte 6 530,93 $ mensuellement.
Une fois par mois, on lui administre en outre une injection pour limiter les effets secondaires. L’injection coûte 2 025,29 $.
Aucune limite
Pierre Vinet a pris sa retraite en janvier 2002. Il a d’abord eu des problèmes cardiaques qui ont nécessité quatre pontages en 2003.
Le cancer a fait son apparition il y a deux ans, d’abord à l’estomac, puis au foie.
Le remboursement des médicaments n’a jamais posé problème puisqu’il n’y avait aucune limite exigée dans son régime privé de soins de santé.
Il pouvait réclamer tous les remboursements pour les médicaments, qui n’étaient pas soumis à un plafond. Or, avec les modifications apportées par Mabe Canada, une entreprise mexicaine, tout cela ne tient plus.
« Toutes les protections offertes par le régime d’assurance maladie de Mabe seront soumises à un plafond post-retraite à vie de 60 000 $ », peut-on lire dans le document expédié par la compagnie.
Cela signifie qu’une fois le plafond atteint (à la fois pour les soins de santé et pour les médicaments), le régime ne couvrira plus les frais soumis par ses retraités malades, selon la compréhension de Pierre Vinet.
Ce dernier a tenté d’obtenir des éclaircissements auprès de son ex-employeur. « Mais les réponses ne sont pas très claires, et je vis dans l’angoisse. Les changements au régime sont entrées en vigueur le 1er juillet 2007 ! », lance-t-il, stupéfait.
Il dit ne pas être seul dans cette situation. « Il y a des employés retraités avec qui j’ai travaillé qui sont eux aussi malades et qui vont souffrir terriblement », soutient-il.
Labatt
Il y a quelques mois, Labatt du Canada, maintenant la propriété des intérêts brésiliens AmBev, a provoqué la colère chez ses employés en modifiant les régimes de soins de santé sans consulter ses retraités. Labatt a fixé le plafond à vie à 50 000 $, en mars dernier.
Cette mesure fait toutefois l’objet d’un recours collectif qui a été déposé mercredi dernier devant les tribunaux ontariens.
Les retraités de Labatt regroupés au sein d’une association pour le recours collectif font valoir que le brasseur s’est rendu coupable de « bris de contrat » en modifiant les conditions déjà négociées avec ses employés.
En dépit de l’angoisse qui l’habite, Pierre Vinet a décidé de ne pas se laisser abattre.
« Il n’est pas question que je les laisse faire sans réagir », insiste-t-il.
Il est allé rencontrer « les gens des ressources humaines » chez Camco, mais sans avoir de réponse satisfaisante.
« On a simplement tenté de me rassurer. Mais le document de la compagnie est sans équivoque : on veut mettre un plafond à vie pour les réclamations des médicaments », martèle-t-il.
Il a même téléphoné à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), où on lui a dit qu’il « n’a rien à craindre » pour le remboursement des médicaments.
« Mais qui dit vrai ? », questionne-t-il.
À ses côtés, sa femme Fernande, elle aussi retraitée de Camco - « 40 ans et 4 mois », dit-elle - contient difficilement sa colère.
« On n’avait pas besoin de cela. On a travaillé toute notre vie ensemble chez Camco et on apprend qu’on devra se battre pour faire rembourser les médicaments de mon mari », dit-elle.
Pierre Vinet calcule qu’il aura atteint la limite de 60 000 $ pour ses médicaments en janvier 2008.
« Je vais faire quoi après ? Vendre ma maison pour payer mes pilules ? Et ma femme, elle va se retrouver à la rue, sans maison ? Je ne sais plus quoi penser », laisse tomber le retraité.
Le Journal a tenté à plusieurs reprises d’obtenir la version de Mabe Canada, mais aucun de nos appels n’a été retourné.