Les conservateurs camouflent des frais de transport
En fait, la majorité des vols nolisés pour le ministre et son équipe n'apparaissent nulle par dans ses formulaires de divulgation volontaire et n'ont été découverts qu'à la suite des démarches de recherchistes du Nouveau Parti démocratique.
Le député néodémocrate Pat Martin assure que sa formation ne s'est pas lancée dans une chasse aux sorcières. «Nous ne nous opposons pas à ce que les ministres dépensent. C'est normal, a déclaré. Mais nous voulons savoir combien, et pourquoi.»
Or, les documents officiels disponibles sur Internet ne permettent pas d'avoir une idée précise des frais engagés, a-t-il fait valoir.
M. Blackburn, qui est aussi responsable du Développement économique des régions du Québec, ne fait mention que de huit vols dans ses rapports trimestriels de frais de voyages et d'accueil 2006.
Et il ne déclare aucune dépense pour ces déplacements, même des documents indiquant que la location des appareils a coûté 93 000 $.
Quelque 14 autres trajets, dont le prix dépasse les 56 000 $, n'apparaissent nulle part dans les rapports du ministre. Idem pour une dizaine de trajets d'une valeur de 30 000 $ faits par des simples députés au nom de Jean-Pierre Blackburn.
Les détails ces déplacements ont été obtenus en comparant les données sur les itinéraires et les dates de vols des appareils gouvernementaux, obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information, avec les frais divulgués par le ministère du Développement économique et régional.
Le cabinet de Jean-Pierre Blackburn dément avoir voulu camoufler de l'information. «Une grosse partie des dépenses du ministre sont liées à son travail pour le ministère. C'est le ministère qui paie, donc c'est le ministère qui fait la divulgation», a expliqué le chef de cabinet, Michel Lalonde.
«La divulgation du ministre sert à savoir ce que lui engage quand il est dans ses fonctions de ministre», a-t-il ajouté.
Le ministre semble aussi réticent à faire état des frais engagés en son nom par son personnel. Ainsi, pour un voyage au Saguenay l'été dernier, M. Blackburn n'a rien déclaré pour ses déplacements, alors que son attachée de presse Roxane Marchand a soumis une facture de 2000 $ pour «autres transports», c'est-à-dire, dans ce cas-ci, la location de deux voitures.
Selon M. Lalonde, le ministre a bel et bien emprunté ces véhicules mais il ne pouvait pas déclarer lui-même les frais de location parce qu'il n'était pas allé en personne au comptoir, signer le contrat.
À son avis, cette façon de faire n'est pas contraire aux principes de transparence sur lesquels insiste le gouvernement conservateur.
«Toutes les dépenses sont répertoriées, qu'elles soient au nom du ministre ou pas. L'information est là et on sait que c'est lié au ministre», a-t-il fait valoir.
Ces révélations sur la manière dont les ministres répartissent leurs dépenses surviennent à l'aube de ce que le leader parlementaire du gouvernement Peter Van Loan a qualifié de «Semaine de la réforme démocratique» parce que les conservateurs prévoient mettre en valeur les nouvelles règles de responsabilité qu'ils ont fait adopter.
Si l'on en croit certains conservateurs, ces règles visent autant à assurer la bonne gouvernance qu'à mettre les autres partis dans l'embarras.
Un proche du premier ministre a en effet récemment dit à un journaliste qui s'intéressait à la conseillère en image de Stephen Harper que les règles de responsabilité étaient «pour les escrocs» et pas pour les personnes honnêtes.
Le thème de la responsabilité est l'un des préférés du gouvernement porté au pouvoir il y a 18 mois. Même s'ils insistent sur la clarté et la transparence pour les autres, les conservateurs continuent à contrôler l'information.
Pat Martin du NPD dit avoir dépensé beaucoup de capital politique pour que la Loi sur la responsabilité soit adoptée. Il se dit très déçu de la tournure des événements.
«On assiste à une tentative concertée pour induire la population en erreur au sujet des dépenses des conservateurs», a-t-il martelé en entrevue à la Presse Canadienne.
«Alors qu'ils étaient dans l'opposition, ils criaient au meurtre et accusaient les libéraux de manquer de transparence. Maintenant, il font pareil.»
Peter Van Loan assure que le gouvernement respecte ses promesses et son programme. «Je crois qu'en général la divulgation est plutôt bonne, mais pour la plupart d'entre nous il n'y a pas grand chose à divulguer parce que nous n'avons pas beaucoup en frais de représentation et de voyages», a-t-il déclaré.
Les observateurs et les adversaires politiques des conservateurs sont toutefois sceptiques. Plusieurs soupçonnent les membres du gouvernement de laisser les personnes avec qui ils dînent ou voyagent déclarer les dépenses.
Un employé du bureau du premier ministre a invité un employé du secteur privé à dîner et a commandé une bonne bouteille de vin, avant de lui indiquer clairement qu'il lui revenait de ramasser la facture.
Pour Pat Martin, c'est bien la preuve que les explications des conservateurs et leurs minuscules comptes de dépense sont de la bouillie pour les chats.
«On veut toute l'histoire. Si un ministre dépense de l'argent, on veut le savoir. On observe un manque de transparence dérangeant parmi les membres du cabinet. Nous étions déjà écoeurés de ce jeu-là du temps des libéraux.»